Les valeurs morales et religieuses font leur grand retour dans la politique

L’initiative «Contre la sexualisation à l’école maternelle et primaire» a été déposée hier à Berne. Politique et religion s’y mêlent Lise Bailat Berne La deuxième fois aura été la bonne. Sous un soleil radieux, l’initiative «Contre la sexualisation à l’école maternelle et primaire » a été déposée hier à la Chancellerie fédérale à Berne. «Je me souviens encore du jour où on a vu ces Sexbox (lire ci-dessous) dans les médias, a déclaré, ému, le coprésident du comité d’initiative et conseiller national Sebastian Frehner (UDC/BS). Cela n’a pas été simple de lancer cette initiative, il y a eu quelques incidents, mais je ne parlerai pas, parce que c’est jour de fête.» Des incidents? Peu après la présentation de leur fronde contre l’éducation sexuelle, en avril 2012, les initiants avaient découvert parmi eux un homme coupable d’avoir abusé sexuellement d’une fillette. Sur demande du comité, ce dernier avait jeté l’éponge. Il avait fallu relancer l’initiative. Environ 110 000 signatures ont alors pu être récoltées, dont plus de 3000 dans le canton de Vaud et plus de 1000 dans celui de Genève.

«La Bible répond»

Faire aboutir une telle initiative sans le soutien officiel d’un parti n’est pas une mince affaire, même quand on compte dans ses rangs des personnalités politiques (Oskar Freysinger, Fabienne Despot, Suzette Sandoz et Dominique Baettig,côté romand). Qui a donc récolté les paraphes? «Il y a eu des parents et des politiques des cercles libéraux, dont je fais partie. Ensuite, il y a bien sûr aussi eu des soutiens des cercles religieux ou éthiques», explique Sebastian Frehner. On retrouve d’ailleurs certains initiants parmi les partisans de la fin du remboursement de l’avortement par la LAMal, soumise au vote le 9 février. «Les mouvements religieux, surtout dans la campagne, font leur grand retour en force. Et j’ai l’impression que ce ne sont pas les catholiques ni les protestants, mais les nouveaux mouvements, les Eglises libres, auxquels beaucoup de personnes adhèrent aujourd’hui », analyse Claudine Esseiva, secrétaire générale des Femmes libérales-radicales. Vrai? «Nos soutiens financiers viennent de plusieurs directions, dont les cercles évangéliques et chrétiens », confirme Sebastian Frehner. Présente hier lors de la remise de l’initiative «Contre la sexualisation», une Genevoise résume la position des milieux religieux: «Les réponses aux problèmes que nous rencontrons sont dans la Bible.» Ce débat sur l’éducation sexuelle s’inscrit donc dans la lignée du débat plus ancien autour de l’avortement et du droit à la vie, qui mobilise dans des cercles précis et d’un certain poids. Dominik Müggler, membre du comité d’initiative et président de la Fondation d’aide suisse à la mère et l’enfant, a par exemple contribué à installer la première fenêtre à bébés du pays à Einsiedeln. Sur l’un des sites internet qu’il promeut, on peut lire: «Dans les tout premiers temps du christianisme déjà, les avortements sont refusés comme un grave péché et même considérés comme un meurtre.» En 2012, sa fondation a eu des revenus de 5 millions de francs, dont près de la moitié en legs testamentaires.

Le «droit à la vie»

Les partisans du «droit à la vie» forment aussi un réseau au niveau international. Le dernier tous-ménages distribué en Suisse sur la question de l’avortement donne la parole à un membre de Human Life International. Cette organisation défend la «dignité et la vocation de la femme selon l’Eglise». Selon elle, le préservatif est, par exemple, un «vecteur de maladie », parce que pas assez fiable. Alors, question de morale ou de politique, cette initiative? «Ce n’est pas facile de répondre. Plusieurs arguments s’inscrivent en faveur de notre initiative, dont la liberté individuelle. Mais beaucoup de signataires nous ont aussi parlé du fond: ils ne veulent pas qu’à 4 ans, leur enfant doive apprendre ce qu’est l’homosexualité ou la bisexualité», répond Sebastian Frehner. La conseillère nationale Maria Bernasconi (PS/GE) regrette la tournure du débat. «Les gens sont sans doute désécurisés par la mondialisation et certains retournent à ce qu’ils croient être des valeurs fondamentales. Mais la morale religieuse n’a pas sa place en politique!»

L’initiative en bref

Affaire privée L’initiative inscrit dans la Constitution la responsabilité première des parents dans l’éducation sexuelle des enfants. Pas avant 9 ans Elle fixe à 9 ans l’âge à partir duquel un cours d’éducation sexuel facultatif peut être donné par le maître de classe (ndlr: En Suisse allemande, c’est en général le professeur qui donne ce type de cours). Elle donne la possibilité de faire de la prévention contre les abus sexuels dès la maternelle. Anatomie pour tous Un cours destiné à la transmission de «La sexualité est un droit fondamental» L’ex-conseillère nationale libérale vaudoise Suzette Sandoz défend l’initiative d’un point de vue libéral. Interview. Pourquoi cette initiative? De quoi avez-vous peur? Les initiants n’ont pas peur. L’initiative est partie d’une expérience bâloise. Sous prétexte d’éducation sexuelle, les parents ont constaté qu’à l’école enfantine, on donnait aux enfants des peluches représentant les organes génitaux. Ils ont trouvé cela exagérer et ont pensé qu’il fallait prendre des mesures pour éviter que cela ne dégénère. D’autant plus que l’Office fédéral de la santé publique semblait avoir dans sa marmite quelque chose d’obligatoire et de général pour toute la Suisse. Et, incontestablement, il y a des difficultés dans certains cas avec les cours d’éducation sexuelle. Suzette Sandoz, membre du comité d’initiative Mais cette fameuse Sexbox bâloise était dédiée au degré secondaire. Tout ça pour un malentendu? Peut-être, mais il y a des objets sur lesquels on ne peut avoir un malentendu parce qu’ils sont trop délicats! Qu’est-ce qui vous dérange aujourd’hui dans l’éducation sexuelle. C’est trop tôt, ça va trop loin? Au fond, le problème est le risque de rendre cette éducation sexuelle obligatoire et le fait qu’on ne signifie pas suffisamsavoirs sur la reproduction et le développement humains est donné à l’âge de 12 ans révolus. Pas d’obligation au-delà Aucun jeune ou enfant ne peut être contraint à suivre un cours d’éducation sexuelle qui dépasserait le cadre des connaissances scientifiques. ment aux parents qu’ils sont aussi responsables. On devrait amener à une meilleure collaboration entre l’école et les parents, sans quoi on risque de causer plus de troubles que de bienfaits. L’initiative veut s’en tenir à une éducation sexuelle obligatoire fondée sur la biologie. Et l’affectif? Non, ce n’est pas le but. L’initiative veut distinguer la prévention contre les abus, l’éducation sexuelle et l’information scientifique. Cette dernière ne doit pas être de l’éducation sexuelle et doit donc être obligatoire. L’enseignement de l’anatomie, c’est de la connais